Tout commence dans le silence et la malléabilité. La Plastiline est la phase organique, celle où l’idée prend sa première forme physique. C'est un corps-à-corps avec la matière pour définir chaque relief, chaque courbe et chaque expression. À ce stade, le masque est encore vulnérable, mais son expression est déjà fixée. C’est ici que je cherche l'équilibre entre l'iconographie traditionnelle et ma propre vision graphique, ce que je veux intégrer dans le réel et ce qui sort de l'inconscient.
Vient ensuite le moment de la capture : le moulage. Je viens emprisonner la sculpture originale dans une peau de silicone pour en saisir le moindre détail, la moindre empreinte. Pour que ce moule reste fidèle et ne se déforme pas sous le poids de la matière, je construis une chape rigide, une architecture de soutien en plâtre ou en fibre de verre. C’est une étape de transition cruciale où l'on prépare le passage du modèle unique à la pièce finale.
La naissance du masque définitif se joue dans une forme de claustration volontaire. Pour cette étape, je m'isole. Seul dans un espace ou je ne dérange pas et ou on ne me dérange pas, pour éviter d'asphyxier mon entourage, le visage protégé par mon masque, j'entame une bataille contre le temps et contre moi-même.
La coulée de résine n'est pas un geste passif, c'est un mouvement perpétuel. Je fais prendre la matière en la tournant patiemment à l'intérieur du moule pour qu'elle en épouse chaque recoin. C'est un moment long, plus d'une heure de tension et de concentration où l'on ne peut pas s'arrêter. Dans ce tête-à-tête méditatif avec la chimie, il faut une volonté d'aller jusqu'au bout pour que la pièce soit parfaite.
Une fois démoulée, la pièce est brute. Commence alors un travail d'ajustage minutieux. J'utilise la Dremel et le papier ponce pour effacer les imperfections du plan de joint, affiner les arêtes et rendre à l'objet sa netteté. C'est une phase de poussière et de précision où la main de l'artisan vient corriger les caprices du moule.
Le masque prend véritablement vie avec la peinture. Je travaille les couches et les glacis pour créer un effet de vieillissement, pour que l'objet semble avoir une histoire, un vécu. Mais le soin ne s'arrête pas là. Je conçois un support spécifique à l'arrière pour y ancrer solidement une corde traditionnelle.
Le dernier geste est une respiration : je peigne longuement la corde pour lui donner cet aspect soyeux et fluide qui contraste avec la dureté de la résine. C’est ce souci du détail, de la première empreinte au dernier fil peigné , qui fait de chaque masque une pièce unique.